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Alternative Radio

Interview La Jungle

Après douze ans d’existence à enchaîner disques et tournées, La Jungle revient avec un septième album et une nouvelle configuration. Jusqu’ici duo, le groupe belge est désormais accompagné de David, du projet Landrose, derrière une deuxième batterie. On a profité de leur concert dans le cadre du festival Les Chardons Ardents, à la cidrerie du Lianver à Trédez-Locquémeau dans les Côtes d'Armor, pour aller à leur rencontre...

 

Pour commencer, pouvez-vous présenter La Jungle pour ceux qui ne vous connaissent pas ?

Roxie : À la base, La Jungle, c’est un duo qui est devenu trio pour cette tournée et ce septième album. On est wallons, on est belges… de Mons!

Sur scène, ce soir, il y a un guitariste, claviériste, chanteur et bassiste, et deux batteurs. Ça fait douze ans qu’on existe, on a fait entre 700 et 750 concerts un peu partout en Europe, mais aussi ailleurs dans le monde, depuis 2013-2014.

 

La nouveauté pour cet album et cette tournée, c’est donc l’arrivée de David, du projet Landrose. Comment s’est faite la connexion ?

Jim : Il répétait dans le même local que Rémi (aka Roxie). On le connaissait surtout parce qu’il jouait dans différents groupes, notamment comme batteur pour des projets qui n’étaient pas les siens. Il est ensuite venu en tournée avec nous. Il avait réalisé un clip et fait des photos d’un de nos concerts, qui étaient vraiment chouettes. Il est donc parti en tournée avec nous comme roadie, et on est devenus potes comme ça. Puis on a trouvé des vidéos où il jouait de la batterie, tout seul, en solo. On s’est dit qu’il jouait super bien et que ça pourrait être intéressant. On y a pensé un peu, puis, un an après, on lui a proposé et ça s’est fait comme ça.

Qu’est-ce que la présence de deux batteurs apporte ? Qu’est-ce que vous pouvez faire aujourd’hui que vous ne pouviez pas faire avant ?

Roxie : Mathieu (aka Jim) fait depuis longtemps des boucles avec des loopers, notamment avec ses guitares. Mais quand on est batteur tout seul, on ne peut pas vraiment faire la même chose, sauf avec un ordinateur. Et je n’avais pas trop envie de m’encombrer de ça : je ne suis pas vraiment dans la production musicale. Avec un deuxième batteur, ça permet justement de boucler certains trucs et de jouer avec ça, aussi bien en studio avec Hugo (NDA: l'ingénieur son du groupe) que sur scène, tous les trois. Ça permet de créer quelque chose, de « panner », comme il dit souvent, avoir vraiment deux batteries différentes, à gauche et à droite.

On n’est évidemment pas les premiers à le faire. On n’est pas à la première interview sur cet album et, interview après interview, plein de noms sont ressortis. Zappa l’a fait, on écoute des trucs comme les Osees qui avaient deux batteurs… Il y a énormément de groupes qui l’ont fait. Ce n’est pas une initiative récente, c’est une idée presque aussi vieille que le rock. Nous, on a simplement refait ça à notre manière et on espère que ça s’entend sur le disque.

 

Cette nouvelle configuration est-elle destinée à durer au-delà de cette tournée ?

On sait déjà que cette tournée correspond à cet album. David est bien occupé aussi avec Landrose et il est en train de travailler sur un album, donc il va repartir de son côté. Nous, on continuera aussi à travailler de notre côté. Mais ça ne veut pas dire que c’est terminé. On s’est dit qu’on allait profiter de cette configuration pour faire un album et une tournée. Et puis, pourquoi pas refaire ça dans quelques années ?

Peut-être que David va nous faire la gueule à la fin de la tournée et qu’on ne fera plus jamais rien ensemble ! Mais ça m’étonnerait quand même.

Vos concerts sont réputés pour être particulièrement intenses. Comment abordez-vous le travail en studio, sachant qu’il est forcément difficile de reproduire sur disque ce qui se passe sur scène ?

Il faut en parler avec Hugo, il est là, justement !

Hugo : On essaie de faire en sorte que l’énergie soit là.

Jim : Et ça nous va très bien de travailler les chansons différemment sur l’album, en sachant que certaines ne seront peut-être jamais jouées sur scène. Ce sont deux choses différentes. Si on voulait faire deux choses identiques, on a déjà sorti un album live. On ne cherche donc pas forcément à reproduire le live, même si ça en est très proche. C’est justement plus intéressant de pouvoir voir la différence entre les deux.

 

Personnellement, j’ai pourtant l’impression que ce nouvel album est celui qui se rapproche le plus de vos live, notamment en termes d’énergie et d’intensité.

C’est quand même ce qu’on voulait. On voulait que ça reste plus ou moins comme au début. La composition a été très rapide. Ce qu’on voulait surtout avec cet album, c’était changer notre manière de faire : pouvoir jouer toutes les chansons en live. Il ne fallait pas qu’il y ait toutes ces interludes ou autres qui ne servent à rien sur scène.

 

Hugo, qu’est-ce que tu as voulu faire sur cet album ?

Hugo : Ce qu’il vient de dire est essentiel : il fallait que tous les morceaux puissent être joués en live, notamment parce qu’il y avait un nouveau batteur. L’approche de la production des disques est toujours particulière avec La Jungle, parce que La Jungle en live ne sera jamais exactement la même chose qu’en studio. Il faut donc abandonner l’idée de vouloir reproduire le live à l’identique. On l’a déjà fait, notamment avec des compositions enregistrées en vingt minutes. Là, c’est hyper spontané et il y a des choses intéressantes qui sortent du studio. Mais en studio, on prend vraiment le temps. On travaille chaque boucle, chaque élément, ce qui n’est pas vraiment le cas en live. En concert, il y a ce côté où ça trace, ça avance, il faut jouer chaque chose. Ça, c’est la cuisine de Mathieu.

En studio, on a tout séparé et ensuite on peut tout produire. On prend donc quand même un certain temps pour travailler les choses. Et c’est intéressant de dire que c’est peut-être l’album qui ressemble le plus au live, parce que je pense que c’est aussi l’album qui est le plus produit. Quelque part, on a réussi à faire cohabiter les deux mondes. Et c’est une bonne nouvelle.
 

Vos morceaux sont-ils figés ou évoluent-ils au fil des tournées et des concerts ?

Jim : Ils évoluent toujours un petit peu. Il y en a qui sont complètement figés, mais d’autres peuvent s’allonger. Par exemple, pour « damon heart », on a complètement changé la structure pour le live. On a gardé tous les éléments, mais on a changé leur place et la longueur de certains passages. On rallonge aussi parfois les fins de certains morceaux. Là, on est en train de travailler sur un nouveau morceau. Depuis le début, je rajoute des trucs à chaque fois qu’on arrive sur certains ponts, pour chercher jusqu’à ce qu’on l’enregistre.

Roxie : Tu as aussi des morceaux très rock, très délimités. Et puis le nouveau morceau dont vient de parler Mathieu, par exemple, on ne l’a pas joué deux fois avec la même longueur depuis le début de la tournée. Parce qu’il y a toujours un long truc qui se crée. Et je crois que c’est aussi quelque chose que les gens aiment beaucoup dans ce groupe : il y a beaucoup de liberté dans les structures.

 

C’est plus facile à faire quand on est deux ?

Oui. À trois, c’est plus contraignant, parce qu’il faut se mettre d’accord à trois sur le moment où ça part et celui où ça s’arrête. Mais il y a toujours des morceaux où c’est assez libre.

 

Comment composez-vous ? Ça part de jams, de bœufs, puis vous structurez petit à petit ?

Jim : Oui, il faut que ça reste spontané. Il n’y a pas de grand secret.

Roxie : Quand des copains nous disent : « Est-ce qu’on peut venir à une répétition ? », on leur répond : « Ben non, parce que c’est chiant, en fait ! »

C’est un truc où ça va dans tous les sens tout le temps. Et ça dure comme ça pendant un certain temps. Puis, à un moment, il y a des choses qui commencent à fonctionner. C’est un peu comme des atomes qui s’agglomèrent ensemble. Quelque chose se crée, mais pendant longtemps, c’est le chaos. Et c’est très bruyant. Surtout à deux batteries, les répétitions étaient parfois assez usantes.
 

Vous êtes énormément sur la route. À quel moment composez-vous ? Vous arrivez à le faire pendant les tournées ?

Jim : Parfois, on fait de petites jams. Moi, j’enregistre avec mon iPhone quand je tombe sur quelque chose d’intéressant, durant le soundcheck par exemple. On ne répète pas vraiment quand on part en tournée. On répète une semaine ou deux avant, environ deux heures par jour, histoire de ne pas se niquer les oreilles. Et quand on veut composer quelque chose, on se dit : « On va se prendre une semaine ou deux. On va déjà essayer trois ou quatre jours. »

Et en trois ou quatre jours, on avait déjà trois ou quatre morceaux, des pistes vraiment pas finalisées, mais on savait qu’on avait quatre morceaux. Ça peut donc aller très vite.

"Une fois, on a aussi joué pour une espèce de film… dans un arbre !

 

Ils avaient installé une plateforme de deux mètres sur un mètre, avec des câbles en métal tendus entre quatre arbres, et on jouait à environ sept mètres du sol."

 

 

Vous avez déjà fait énormément de concerts. Est-ce qu’il y a une tournée ou une anecdote qui vous a particulièrement marqué ? Un endroit complètement fou, quelque chose qui sort du lot ?

Roxie : récemment, on a joué dans un festival qui s’appelle Chauffez dans la Noirceur. C’était la première fois qu’on se mettait un peu en péril dans cette configuration. C’était une scène centrale par terre, en triangle.

Jim : On fait souvent ça à deux, mais à trois, on ne l’avait jamais fait.

Roxie : On ne nous avait pas prévenus que ça allait être comme ça. Mais on s’en est accommodés et c’était vraiment chouette de jouer au sol, avec le public tout autour. C’était super!

Une fois, on a aussi joué pour une espèce de film… dans un arbre ! Ils avaient installé une plateforme de deux mètres sur un mètre, avec des câbles en métal tendus entre quatre arbres, et on jouait à environ sept mètres du sol. Avec une batterie réduite. C’était marrant!

 

Je regardais vos plateformes de streaming avant de venir et j’ai remarqué que vous n’étiez quasiment plus sur Spotify. Pourquoi ?

Jim : On a tout retiré il y a 6-7 mois. Il ne reste que les premiers enregistrements sur Spotify, parce qu’il y a certains labels qui n’ont pas encore tout retiré. On s’est aussi retiré d’Amazon. Nous on préfère Bandcamp, clairement !
 

Beaucoup de groupes s’estiment pourtant être dépendant de spotify...

Roxie : Les gens choisissent d’être dépendants mais en fait il existe plein d’alternatives qui sont meilleures pour l’audio et qui proposent les mêmes catalogues. En France, il y a Qobuz, par exemple, qui rénumere mieux les artistes

Et Deezer ?

Hugo : ca paye un tout petit peu plus que Spotify mais c’est quelque chose comme 0,0000013 par stream.

Et pour revenir à Spotify, leur nouveau système exclut 80 % des artistes de la rémunération. En fait, quoi qu’il arrive, il faut rentrer dans un certain cadre, faire partie des 20 % pour être rémunéré. Et tous les 80 % qui, malgré tout, génèrent du profit voient leur rémunération absorbée. C’est en partie pour ça qu’il faut les boycotter !

Roxie : Bandcamp c’est une gros groupe qui les a racheté mais ça reste des mecs qui pensent quand même au confort financier des artistes. L’ IA est contrôlée, il y a des outils qui sont en place pour éviter que ça devienne n’importe quoi. Alors que sur Spotify, il y a des espèces de faux groupes, des fake groups, avec des contenus créés pour générer énormément de streams. C’est un peu de l’auto-streaming.

Hugo : Mais c’est aussi lié aux préférences et aux algorithmes de recommandation. Ça te fait suivre de l’IA. Et tu as la même chose avec YouTube, avec YouTube Music.

Roxie : on est sur Bandcamp et on essaie vraiment de pousser les gens à y aller parce que l’algorithme est hyper intéressant et surtout parce que les gens sont payés pour leur travail.

 

 

Vous vous êtes déjà fait remixer par le passé. Est-ce que vous envisagez de ressortir une série de remixes ? Et si vous pouviez choisir, qui aimeriez-vous voir remixer La Jungle ?

Jim : Laurent Garnier, ce serait super. Soulwax aussi... On les a déjà rencontrés parce qu’on a joué dans un festival avec eux il y a un an et demi. Enfin, ce n’était pas vraiment Soulwax, c’était 2 Many Dj’s.

Mais on n’a pas forcément cherché à multiplier les remixes récemment. On a déjà fait un gros triple album de remixes avec des gens qu’on aimait bien, des artistes qu’on avait contactés et qui étaient d’accord. Et au fil du temps, on a sorti des petits maxis 45 tours avec plein de remixes. On a donc déjà bien donné là-dedans. Peut-être que ça reviendra.
 

Pour terminer, quelles sont vos découvertes ou redécouvertes musicales du moment ?

Moi, j’aime bien Los Sara Fontan.

Roxie : Avec David, on a aussi vu un truc en live la semaine dernière, au Micro-Festival à Liège, qui s’appelle Bathing Suits, qui viennent de Leeds. Le live était super.

Jim : sinon ce bon vieux Buck 65. C’est toujours bien . Depuis son come-back il enchaîne les sorties qui sont toutes géniales. Il fait tout tout seul, il est super inspiré.

Roxie : et le dernier Aldous Harding que j’écoutais là en revenant de la mer. C’est tout autre chose, mais j’aime beaucoup. Le nouvel album est… apaisant.


Une dernière question puisque je te tiens David: tu prépares un disque de Landrose donc ?

David : Il est fini mais il n’est pas encore masterisé. Il sortira l’année prochaine….

 

Liens:

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